Pinot Noir des Grisons VS Pinot Noir autres cantons, le verdict

Lors de cette dégustation nous avons pu, d’abord, apprécier de beaux vins, et ensuite comparer des vins réputés des Grisons avec des vins réputés d’autres cantons suisses.

Les objectifs étant de :
– mieux définir les préférences individuelles et de pouvoir « y mettre des mots ».
– découvrir la diversité d’expressions du Pinot Noir en Suisse.
– se faire sa propre opinion sur la hiérarchie qualitative entre cantons viticoles.
– passer un bon moment entre amateurs de vin.

Les vins dégustés, dans l’ordre de service :
N.B. Bouteilles ouvertes le matin et un demi-verre ponctionné afin d’amener un peu plus d’oxygène.

On commence fort et à découvert avec le duo :
Thalheim Chalofe 2016 de Tom Litwan (Argovie) élu vin de l’année en 2016 (millésime 2015) par la Schweizerische Weinzeitung. Frais, délicat, élégant, monte en puissance en fin de bouche, jeune, assez fluide. Très Pinot Noir de Suisse orientale dans la fraicheur et la légèreté. Un vin qui va se développer dans le temps et sera top avec une belle volaille/citrons confits.
Eichholz 2016 d’Irène Grünenfelder (Grisons). 18/20 par le Weinzeitung (millésime 2015). La même élégance que le précédent mais la densité et l’intensité en plus. Un de ceux qui fera le plus « Bourgogne » dans la dégustation, car qu’on le veuille ou non, le spectre bourguignon n’est jamais bien loin lorsqu’on taquine du Pinot Noir …Pintade/jus court/poivre sauvage.

Deuxième duo, à l’aveugle cette fois :
Christof Ruof 2016 (Grisons). Invité de dernière minute à cette dégustation, ce vin est issu d’une production microscopique, vignoble de Jenins. Vinifié et élevé chez la famille Hermann. L’approche est minimaliste et naturelle. Belle intensité et concentration, de la structure aussi. Petite dureté de jeunesse. Gourmand dans l’ensemble. Pas l’élégance et l’élan du Eichholz mais indiscutablement un joli vin. De plus le prix est autour des 30.00 chez Paul Baszanger, les amis du Château. Pâtes fraiches/bolets/vin rouge
Pellegrin 2016 cuvé T(atasciore) (Genève). Si on a bien compris, ce vin est une sélection à la cave faite lors d’une dégustation entre JP Pellegrin, Jacques Tatasciore et un marchand de vin, Studer-vinotek à Lucerne … Genre « c’est trop bon, mettons-le-en-bouteille séparément ! » Ce vin ne serait disponible qu’en Suisse alémanique et pas pour la Suisse romande. Bon, on s’est débrouillé 🙂 Très bien cette cuvée T, homogène, assez dense, un boisé plutôt bien intégré. Beau travail. Filet de boeuf/sauce échalotes/polenta

Troisième série à l’aveugle:
Raissennaz 2013 domaine Henri-Cruchon (Vaud). Un vin doté d’une belle attaque en bouche, concentrée, fruitée, épicée, expressive. Ne manque pas de volume en milieu de bouche mais se durcit et s’amaigrit un poil en fin de bouche pour le moment. Ca lui donne une touche rustique qui n’est pas désagréable du tout et on pense déjà au plaisir de le boire à table avec quelques médaillons de chevreuil et un petit jus réduit, concentré et quelques gouttes d’un très bon balsamique.
Gantenbein 2005 (Grisons). La Rolls Royce des Grisons, même si la concurrence commence à être rude au sein de ce petit vignoble de 400 ha. Le vin le plus âgé de la dégustation. Il est à point d’ailleurs, tout en délicatesse et caresse. La matière est bien présente mais ne gonfle pas ses muscles et laisse plutôt parler la maturité. Tanins assez soyeux. Un bel équilibre, vraiment. Un vin qu’on ne peut pas ne pas aimer. Il y a toutefois comme une fragilité, très sexy pour le moment, qui fait se demander si ce vin a encore un potentiel d’évolution. C’est à dire qu’on pourrait attendre d’un vin autour des 150.00 sur le marché , qu’il se bonifie au moins sur une vingtaine d’année. Mais bon, on est pas à ABE :-). Saint-Valentin/risotto/safran
– Cuvée N°3 2012 Schlossgut Bachtobel (Thurgovie). Evidemment, après le coté Marilyn Monroe du Gantenbein, ce vaillant Pinot Noir de Thurgovie fait ressortir son coté beauté soviétique. Plus vif et austère donc mais un beau fruit et des tanins plutôt élégants. A noter un millésime 2012 pas des plus faciles. Brochet/vin rouge

Quatrième série à l’aveugle :
Pilgrim 2015 Möhr-Niggli (Grisons). 93/100 Guide Parker (millésime 2014). Encore sur la retenue aromatiquement, un belle concentration, de la profondeur. A vin dont on devine le potentiel après quelques années, lorsque les arômes vont se libérer et animer cette belle matière. Tagliatelles fraiches/sauce tomate maison/herbes
Les Calames 2015 domaine Porret (Cortaillod). Un outsider … Cuvée parcellaire élevée en barriques (ce que ne fait à priori pas le domaine avec ses autres vins). Un vin qui se donne déjà un peu, dense, assez moelleux, voire suave en milieu de bouche, des tanins qui prennent le relais. Du relief. Peut être un rien un peu trop de bois mais quelques années devraient l’estomper au profit d’arômes plus fins. Bean vin. Chasse à Plumes
Cuvée N°1 2015 domaine du Signolet (La Neuveville). Autre outsider … homogène, rond, densité moyenne, très agréable dans l’ensemble. Devrait gagner en complexité ces prochaines années. Côte de veau rosée/purée

Cinquième série à l’aveugle :
– Corbassières Coeur de Clos 2015 domaine Cornulus (Valais). Il a tout d’un grand. Eclat, profondeur, densité, longueur, puissance mais aussi finesse. Même si bien entendu encore en phase de jeunesse et donc encore sur la retenue. N.B. Le millésime 2006, dégusté il y a quelques mois, était superbe. Souris d’agneau confite et/ou légumes confits (aubergine, poivron, …).
Unique 2005 Donatsch (Grisons). L’élevage en barrique est un poil plus perceptible dans ce vin doté d’un matière concentrée et assez élancée aussi. Le plus fermé des 2015. Médaillons de marcassin.

Sixième série à l’aveugle :
– Monolith 2014 Obrecht (Grisons). Voilà un vin qui a clairement souffert de passer juste après la série de 2015. 2014 étant globalement un millésime moins en puissance et concentration. Il y a de la finesse, de la présence, de la cohérence, mais un commentaire plus concis attendra la prochaine dégustation de ce vin.
Les Margiles 2014 Tatasciore (Neuchâtel). Monolith ayant fait le travail de transition entre un millésime plutôt dans la puissance et un millésime plus léger mais potentiellement en finesse, cette cuvée Les Margiles peut s’exprimer et elle le fait avec panache … Peut-être le milieu de bouche le plus intense de la soirée, avec un fruit rouge qui claironne gaiement, des tanins soyeux et une belle allonge. On note aussi un peu de CO2, qui, pour ma part, apporte un belle vigueur. Pâtes/langoustines/tomates/persil
Studach 2014 (Grisons). Toujours très bon, complexe, du jus, en demi-puissance, assez fin. Juste un peu moins de volume que le précédent. Mignon de veau/chanterelles

Classement de la soirée, prenant en compte les trois vins préférés de chaque participant (12 en tout) :
1 Ex-aequo : Coeur de Clos Cornulus 2015 et Les Margiles 2004 Tatasciore
2 Gantenbein 2005
3 Eichholz 2016 Irène Grunenfelder

Et juste après, à égalité :
Calames 2015 Porret – Christof Ruof 2016 – Pilgrim 2015 – Studach 2014

Il ressort de cette dégustation que 1) les deux premiers vins ne sont pas des Grisons mais du Valais et de Neuchâtel et que 2) dans les 6 vins qui suivent il y a 5 grisons ! Et concrètement sur ces 8 vins les plus cités dans les préférences des participants, sur les 15 dégustés, il y a donc 5 grisons.

Les Grisons dominent donc mais ne remportent pas la première place.

Quelques remarques : si on retire le Gantenbein 2005, qui bénéficie de plus d’années de maturité, la cuvée Eichholz d’Irène Grunenfelder remporte la première place dans les vins des Grisons. Aussi, Christof Ruof 2016 est certainement Le meilleur rapport qualité/prix avec ses 32.00… Toutes les autres cuvées naviguent plutôt autour des 50.00.
Calames 2016 de Porret, inconnu des classements Parker, Gault et Millau et Weinzeitung, se place très bien.

BC

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