80% des vins seraient achetés en grande surface et le reste directement chez les vignerons, dans les commerces spécialisés, Internet. C’est vrai que c’est quand même plus pratique d’attraper une bouteille entre l’achat du papier toilette et le paquet de pâtes, que de retraverser le quartier pour pousser la porte d’un caviste. Pas véritablement une question de prix (un bon caviste propose des vins accessibles) mais certainement une question de temps libre disponible et de motivation.
Cela fait maintenant des années que les participants des cours d’initiation à la dégustation de Terre Oenophile nous demandent comment faire pour choisir le vin en grande surface. A la base, il n’y a pas de réponse concrète à cette question, qui revient à se demander comment choisir un CD parmi 200 propositions musicales inconnues.
Ceci d’autant que la grande distribution fait son maximum pour proposer les meilleurs vins possibles, MAIS, avec des contraintes bien définies : volumes importants afin d’alimenter plusieurs magasins et ceci durablement et prix les plus compétitifs possibles.
En clair, on a quand même plus de chance de tomber sur un vin industriel que sur une perle artisanale…
Imaginons la scène. Seul(e) face à ça :
A quoi se fier, comment se repérer ?? La forme de la bouteille ? Bof… Le graphisme de l’étiquette ? (peut-être bien moins idiot qu’il n’y pourrait paraître car, après tout, c’est généralement les mêmes personnes qui font le vin qui décident aussi de l’esthétique. Du coup, un packaging moderne a toutes les chances d’indiquer un vin du même tonneau : boisé, fruit très mûr, vanille, pas d’acidité). Les médailles ? Euh … comment dire ? Les jolis commentaires sur le contre-étiquette ? Ce vin délicat, riche et complexe accompagnera divinement entrées variées, viandes, fromages et desserts … Le Prix ? Et bien, oui, c’est une piste : plus de chance de boire un vin correct à 15.00 qu’à 3.00.
Recommandation : quand la contre-étiquette vous explique quels arômes et saveurs on va trouver dans le vin : fuyez !
N’oublions pas le contexte de départ : pas suffisamment de motivation pour pousser la porte d’un caviste, signifie qu’on a un peu laissé tomber l’idée de se dégoter un vin d’artisan, un vin identitaire. L’objectif, devant ce genre de linéaire, est d’être efficace et de trouver un vin qui convienne au mieux à notre goût et notre bourse, avec si possible, en bonus, un peu d’émotion dans la bouteille ..
Concrètement, la solution est de se tourner vers des valeurs sûres !
Dans cette catégorie, Bordeaux est en première ligne. C’est quasiment le seul vignoble dont on peut trouver les mêmes vins chez les spécialistes et dans les grandes surfaces (c’est un grand vignoble, 120’000 ha et même les Grands Crus Classés tournent pour la plupart autour des 50 à 80 ha. Tout ça fait bcp de vin produit et le canal des magasins spécialisés ne peut suffire à écouler toute la production bordelaise). On choisira simplement «notre Bordeaux» en fonction de notre budget. Le niveau qualitatif général de ce vignoble est plutôt bon. De plus, les «petits Bordeaux» entrées de gamme, qui trouvent actuellement difficilement preneurs, sont très accessibles en prix.
Même chose pour les vins de Champagne : une bouteille de Veuve Cliquot Carte Jaune en grande surface ou chez le caviste, c’est la même bouteille, qui oui, sera en plus certainement un peu moins chère. Ce qui, d’ailleurs, pose la question de la pertinence de vendre ces marques de Champagnes dans les magasins spécialisés.
Par contre, le vigneron champenois qui met lui même ses 5 ha en bouteilles, on ne le trouvera jamais en grande distribution.
En grande surface, on peut aussi rester «Local». Par exemple, en Suisse, on trouve des vins de chez Germanier (Valais) à la Coop ou encore de chez Provins (Valais), qui produisent de bon vins.
Autres valeurs sûres : si vous aimez le Malbec d’Argentine, vous aurez en général dans la bouteille ce que vous attendez. Idem pour le Rioja. Pourquoi ? Parce que ces vins sont (majoritairement) faits en fonction de ce qu’en attend le consommateur. Dans le cas du Malbec d’Argentine : fruité mûr, chaleureux. De plus, en Argentine, des conditions salariales plus que basses et des vignes plutôt âgées, donnent au final de très bons rapports «qualité/prix».
Un tuyau : le Rioja Marqués de Riscal, que l’on trouve à la Coop pour environ 15 à 20 francs, est toujours assez sympa.
A noter que certaines enseignes, dans certaines villes, ont aménagé des espaces qui n’ont pas bcp à envier, en termes de sélection et de conseil, à des cavistes indépendants. C’est une minorité.
BC

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