Très beau Pinot Noir d’Allemagne, vignoble de Baden et secteur de Malterdingen, lieu réputé pour sa similarité géologique avec la Bourgogne. Les Moines cisterciens y auraient introduit le Pinot Noir au 14ème siècle. Bernhard Huber, qui nous a quitté en 2014, était surnommé le parrain du Pinot noir en Allemagne. Son fil Julian dirige à présent le domaine avec sa maman Barbara.
Cette cuvée Alte Reben 2018 se présente avec une couleur légère typique du cépage et quelques notes à peine orangées, signes d’une légère évolution. Assez complexe aromatiquement : fruits rouges mûrs, touche boisée discrète, notes de graphites et d’épices à l’aération.
En bouche le vin est assez ample, sapide, traçant, persistant avec des tanins serrés en finale, à peine rustiques. Un beau vin à la fois libre, pas corseté par trop de technologie mais aussi centré (ne part pas dans tous les sens). Il est dans une bonne fenêtre de buvabilité et probablement encore pendant 2 ou 3 ans. Note personnelle 17,5/20
Avec un suprême de pintade, jus réduit avec quelques baies de cassis ou assimilé cela devrait être plutôt bien ! On sous-estime les fruits dans la cuisine mais une intégration bien dosée dans une recette peut vraiment donner de superbes résultats et aussi créer un pont entre les vins et les mets.
N.B. Ce vin a été dégusté dans le contexte d’un atelier de Terre Oenophile, école du vin, sur le thème : Allemagne, Bourgogne & Suisse : patrie des grands Pinots Noirs. Sans rentrer vraiment dans le détails, faute de temps, il y avant 3 vins de chaque pays + quelque bonus 🙂 Voici les vins qui sont ressortis :
- Baden, Alte Reben 2018 Huber (17,5 note personnelle)
- Grisons, Malans Scadena 2019 Peter Wegelin (17,5 note personnelle) ample, structuré, sapide, minéral, léger bois.
- Nuits-Saint-Georges 1er Cru Roncières 2019 domaine Chevillon (16,5 note personnelle) un fruité plus mûr que les vins allemands et suisses, crème de fruit à l’attaque, comme une légère sucrosité (en comparaison du coté acidulé des autres vins) le tout retendu par des tanins présents et de la fraicheur en finale. Bonne longueur. Un vin qui semble plus travaillé, pensé, dirigé. Certainement aussi un vin de garde.
- Baden, Pinot Noir Vulkan 2018 Wasenhaus (16 note personnelle) ouvert, matière assez caressante à l’attaque et resserrée en finale. Ce vin est passé en tout dernier sur une erreur (trompé de bouteille…) et mériterait certainement d’être dégusté pour lui même. Mais il s’en ait tout de même bien sorti !
- Baden, Pinot Noir Réserve 2020 Holger Koch (15,5 note personnelle) un peu bloqué à l’ouverture, voire un peu faiblard, quelques heures avant l’atelier. Ce vin a gagné en ampleur par la suite. A regoûter car tout de même un peu sur ma faim avec ce vin autour de CHF 55,00
- Baden, Pinot Noir 2022 Shelter Winery (15,5 note personnelle) fruité, résine, épices, encore entre fermeté et rondeur, acidulé, tanins « fruités » encore un peu saillants en finale, persistance moyenne, un vin joueur, très satisfaisant, d’un beau « naturel » cadré .. Par contre ici à environ CHF 35,00, c’est plutôt un bon rapport qualité/prix.
- Neuchâtel, Pinot Noir Le Lerin 2020 Maison Carrée (15 note personnelle) un vin qui a besoin d’aération, délicat, fringuant, svelte, acidulé, persistance moyenne.
- Baden, Pinot Noir Henkenberg 2020 Salwey (15 note personnelle) un vin qui se présente un peu compact avec cependant un matière assez dense et de l’allonge. Un vin sérieux mais encore dans sa gangue. Parait un peu autiste en l’état mais plaira certainement beaucoup aux personnes qui préfèrent les vins de « matière » tangibles plutôt que les vins « d’esprit » dont le charme vient plutôt de la finesse des arômes et d’une matière élancée, souple, aérienne, voire vibrante .. L’un n’est pas mieux que l’autre, juste des qualités différentes et qui seront chacun mis en valeur en fonction du contexte et de l’envie du moment.
Comme toujours ces notes et commentaires ne sont que le reflet d’un moment de dégustation et ne sauraient représenter une quelconque vérité. Finalement il s’agit surtout d’un aide mémoire pour l’auteur et éventuellement des pistes à explorer pour les lecteurs..
A noter que ces vins ont été dégustés en jour feuille selon le calendrier lunaire Demeter. C’est à dire un jour moyennement favorable à la dégustation si on en croit la théorie : jours fruits et jours fleurs : bien – Jours feuilles et jour racines : pas bien… Globalement les vins se présenteraient un peu austères, plus amers en jour feuille et il est vrai que certains des vins dégustés ce jour là ne semblaient pas au mieux de leur forme. Par exemple un Pommard 2022 issu d’un domaine connu pour élaboré des bons vins « naturels » en Bourgogne n’était que l’ombre de lui-même avec pas grand chose d’autre à raconter que de l’acidité volatile, un coté simplet et un fruit un peu mollachu… Décevant en diable ! A regoûter.
Voir un article intéressant sur le sujet : https://la-pangee.com/fr/blog/reflexions-sur-le-calendrier-biodynamique-n25
Bruno Carroy
terre-oenophile, école nomade du vin