Rapide feed-back atelier de dégustation « Bordeaux, terres de grands crus ! ».

Voilà un certain temps que nous n’avions pas taquiné des grands crus de Bordeaux dans nos ateliers de dégustation. Sans raison particulière mais en y réfléchissant un peu, peut-être à cause de prix bien flambés et adressés à des bourses d’autres contrées, de millésimes quasiment toujours qualifiés « d’exceptionnels » mais souvent réticents à se laisser déguster sereinement, des vins souvent un peu durs, un peu courts sur pattes parfois, un peu renfermés ou un peu trop consensuels ou même parfois les deux – ce qui en soit est un exploit – bref un peu décevants..
Il était donc temps de revisiter ces grands terroirs qui ont tout de même écrit parmi les plus belles pages de l’histoire des grands vins.
A part le Pessac-Léognan blanc qui sera du millésime 2021, tous les autres vins de cette dégustation seront issus du millésime 2018. Un bon millésime, un peu solaire, qui devrait « se donner » aujourd’hui mieux que 2020, 2019 ou encore 2016 ou 2015, de très bonnes années mais probablement plus fermées que 2018. L’avantage de 2018 est aussi que l’on peut encore en trouver assez facilement alors que 2010 (excellente année) se fait déjà bien plus rare. Idem les millésimes antérieurs.

On débute donc par un Pessac-Léognan blanc 2021 du Château Latour-Martillac. Il se présente tout en délicatesse aromatique avec ce fameux boisé noble, à peine vanillé des vins bordelais mais aussi avec des fleurs blanches et une note citronnée. Une attaque bien équilibrée entre fraicheur et rondeur avec une évolution sur la vivacité et une note légèrement iodée, touche de vanille. Un vin filant, fluide et de persistance moyenne. Une grande maitrise de la vinification et de l’élevage ici.
Un vin bien tissé à défaut d’être vibrant et un véritable appel aux fruits de mer ! 14,5/20

On reste à Pessac-Léognan avec Château Malartic-Lagravière 2018. Les vins de Pessac-Léognan, enclave dans le vignoble des Graves, donnent des vins assez semblables à ceux du Médoc mais avec un peu moins de charpente, des tanins plus souples et souvent une plus forte minéralité. Ils sont connus pour leur élégance.
Concernant ce vin : aromatique, boisé noble, fruits noirs mûrs, griottes, touche minérale, cacao, vanille. Un nez caressant. Une attaque sur la rondeur avec un milieu de bouche charnu, des tanins polis, finale chaleureuse. On sent ici l’empreinte solaire du millésime 2018. Persistance moyenne, légère amertume. Un vin avenant au premier abord et qui devient plus sérieux, voire un peu austère en finale. L’élégance est en sommeil actuellement. Attendre et envisager avec un canard à l’orange, un civet de chevreuil, .. 14,5/20

On passe à Saint-Emilion, le fief du Merlot sur la rive droit de la Dordogne, des vins étoffés, habits de velours et poigne ferme. Globalement des vins moins carrés que ceux du Médoc.
Premier Grand Cru Classé, Château Larcis-Ducasse 2018 (d’ailleurs un des trois vins préférés par les participant.e.s à cet atelier). Un robe sombre, nuance framboise. Un nez encore mystérieux, tellurique, minéral, épicé. L’attaque est soutenue, dense, tanins encore fermes mais très fins. Fin de bouche chaleureuse, longue persistance, cerise. Un vin qui monte en puissance entre l’attaque et la finale. Assez pur, solide, racé, attendre. Le cépage Merlot (dominant ici) transcendé !
On imagine des cèpes sautées, un beau foie de veau, du gibier, .. 17/20

Allons à présent visiter le Médoc avec ses fameuses 4 communes viticoles qui fournissent la majorité des grands crus classés de 1855 : Margaux, Saint-Julien, Pauillac et Saint-Estèphe. Le Cabernet-Sauvignon est en principe majoritaire dans les vins, avec le Merlot et le Cabernet-Franc en support, voire aussi avec un peu de Petit Verdot, de Carmenère et parfois une touche de Malbec.

Margaux, Château Brane-Cantenac, 2ème Grand Cru Classé 2018. L’AOC Margaux est censée donner les vins les plus souples (les plus féminins disait-on encore il y a quelques années) des 4 AOC. Le nez est « large », floral, fraise, cèdre, .. complexe et fin. Attaque plutôt onctueuse, assez ample (comme souvent avec le Cabernet-Sauvignon). Les tanins sont marqués, un rien asséchants. Fin de bouche généreuse, persistance correcte. Un vin bien bâti, cadré. On peine un peu à trouver de l’émotion actuellement mais ce vin a la réputation de ne se livrer qu’après de nombreuses années.. . Attendre donc. 16/20

Saint-Julien, une appellation réputée pour ses vins « équilibrés » entre puissance et finesse.
Château Léoville-Barton, 2ème Grand Cru Classé 2018. Sombre, touche framboise. Nez avenant, fruits noirs, floral, cèdre, minéral, .. Une belle bouche dynamique, intense, droite, tanins légèrement marqués et élégant. Long et délicat sillage en finale. La stature d’un grand vin, sans aucun doute. Une matière dépouillée, pure. Attendre et lui réserver quelques médaillons de marcassin. 18/20

Pauillac, semblable aux vins de Saint-Julien mais avec en théorie un supplément de densité, de puissance.
Château Grand-Puy-Lacoste, 5ème Grand Cru Classé 2018. Le nez est noble et délicat, cèdre, baies noires, … attirant. L’attaque est franche, moyennement soutenue, avec ensuite une montée en puissance et des tanins marqués dès le milieu de bouche. Une fin de bouche avec du relief et de l’élégance. Un vin svelte, encore ferme, long, aristocratique, vaguement cynique. Attendre et à dégainer avec la classique côte de boeuf aux cèpes ou .. surprendre cet oscar Wilde avec un peu d’exotisme, un curry thaïe mesuré, un Colombo de pintade, .. 17,5/20

Saint-Estèphe, l’AOC la plus septentrionale des 4, a priori plus soumise au climat océanique, avec un sol sensiblement plus argileux et une proportion de Merlot plus importante est réputée donner des vins avec un tanin un rien plus saillant.
Le Château Calon-Ségur, 3ème Grand Cru Classé donne parmi les vins les plus puissants de l’appellation. Il se présente encore légèrement violacé, jeune, avec un nez encore discret, léger cèdre, touche minérale, note de cassis, .. Attaque soutenue, puissant, tanins bien marqués, charpenté, long, sapide, salivant. Attendre. Un archétype ! 18/20

Dégusté à l’aveugle Brane Cantenac 2014 (millésime moyen) se présente légèrement évolué, boisé, un peu jus de viande. Besoin d’oxygène, s’affine avec une touche florale et minérale. L’ensemble est assez équilibré mais sans l’éclat particulier que l’on est en droit d’attendre d’un vin dans cette gamme de prix (autour de 80 euros). Laissons-lui le bénéfice du doute et attendons encore une dizaine d’année afin de voir si la magie du temps opérera. 14,8/20

Aussi dégusté à l’aveugle, Malartic-Lagravière rouge 2005 semble encore en phase de jeunesse avec un nez encore discret, fin, touche de sous-bois sec, minéral, cacao. Assez belle bouche dynamique et une finale un rien rustique, un peu anguleuse. Persistance moyenne. Un vin qui a donc assez bien évolué durant ces 20 années mais qui semble aussi un peu « figé », voire « corseté ». Un peu trop de sulfites ? Bon, on titille … ça reste un joli vin. 15,5/20

Nous avons également dégusté un Margaux Château Bel Air Marquis d’Aligre 2005. Un vin qui ne fait pas partie des grands crus classés de 1855 (par manque d’antériorité et aussi parce que les vins n’étaient pas distribués par le négoce bordelais) et qui se présente avec une esthétique clairement différente, en partie parce que l’élevage ne se fait pas en barriques mais dans des cuves en ciment pendant 36 mois.. Une production de 30 000 bouteilles par année, ce qui est minuscule par rapport aux autres domaines du secteur et une approche globalement artisanale. L’assemblage est aussi assez original dans ses proportions : Cabernet Sauvignon 30% Merlot 30%Cabernet Franc 20% Petit Verdot 15% et Malbec 5%
Le résultat est un vin plus « renfermé » que les précédents à l’ouverture et une bouche un peu plus rustique avec des tanins plus joueurs. Quelque chose de plus rurale, plus organique. Il lui faut quelques heures d’ouverture et surtout un passage en carafe pour le civiliser un peu plus. Si les arômes sont moins séduisants de prime abord, le vin est un rien plus vivant, plus vibrant et peut-être plus digeste que les autres vins de cette dégustation. Un vin qui fera plaisir à table. Polyvalent, il s’accordera aussi bien avec viandes rouges, chasse, abats, pintade, risotto aux champignons, .. .

Bilan de cet atelier de dégustation ? Il faut reconnaitre un sacré savoir faire dans ce vignoble bordelais, très rares sont les vignobles qui réussissent à transcender les cépages Merlot, Cabernet-Sauvignon et Cabernet-Franc à ce point. Bien sûr la configuration géographique n’y est pas pour rien, avec ce fameux 45ème parallèle nord qui traverse le vignoble (Selon Olivier Bernard, les vignobles donnant les meilleurs crus sont tous situés sur le 45e parallèle, une zone d’équilibre à mi-chemin entre le pôle Nord et l’équateur. Il passe en effet par Bordeaux, Lyon, Milan et Turin, et se prolonge jusqu’au Caucase, où le vin est né plus de 8.000 ans avant J.-C. ©Electre 2024).

Les vins du millésimes 2018 de cette dégustation étaient encore tous en phase de jeunesse et Malartic-Lagravière 2005 a démontré une capacité de garde d’au moins 20 années. Ainsi que Bel Air Marquis d’Aligre d’ailleurs, dans un autre registre.
Les 3 coups de coeur des participant.e.s étaient : Larcis-Ducasse, Léoville-Barton et Grand-Puy-Lacoste. Je rajouterais personnellement Calon-Ségur. Il faudra encore attendre au moins 5 à 6 ans afin de déguster ces vins avec un début de maturité et certainement plutôt 10 ans si possible.

Les ateliers de dégustation de vin, whisky et rhum ont lieu à Genève, Lausanne, Fribourg, Neuchâtel, La Chaux-de-fonds et Vevey.
Cours et atelier à consulter ICI

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